Art-Science, un lien paradoxal

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En général, la Science est réputée atteindre l’objectivité, au travers de protocoles prédéfinis. Les fondements de ces protocoles reposent sur l’accord de la communauté scientifique sur le fait que toute proposition peut être prise en considération, à partir du moment où elle peut être mise en question, où il est permis de la contredire [1]. Ces pratiques sont assez éloignées de ce dont il est question avec les œuvres d’art. Je reprends ici les propos de Gérard Dessons, pour affirmer que les œuvres proposent des formes, « excédant la capacité d’analyse des protocoles qui se sont constitués en dehors d’elles« [2]. Ainsi le lien entre art et science se situerait en ce point paradoxal où ils divergent totalement.

[1] « Une théorie qui n’est réfutable par aucun évènement qui se puisse concevoir est dépourvue de caractère scientifique. » Karl Popper, Conjectures et réfutations, ch.1, section 1; cf. wikipédia
[2] La manière critique, Gérard Dessons dans La Quinzaine littéraire n°997 La critique littéraire en question p.10

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Histoire de savoir

Selon Stiegler, un savoir privé de l’Histoire des savoirs, privé donc de son origine, n’est guère qu’une compétence. Cette tendance actuelle vers « la compétence » nous rend non seulement esclaves de nos propres pseudo-savoirs, mais surtout de ceux à qui tirent profit de ceux-ci. La prolétarisation qui résulte de ce phénomène peut être inversée par le partage des connaissances, par les logiciels « libres »*, et, c’est moi qui l’ajoute par les bricolages techniques (philosophie hack).

* de fait ouverts avant d’être libres.

Catastrophe, une histoire d’à-peu-près

La théorie (mathématique) des catastrophes (ou du chaos) s’appuie sur le fait que des modèles continus peuvent engendrer des phénomènes discontinus. Un modèle continu est tel que le futur immédiat puisse être prédit à partir du présent. Un tel système peut engendrer des variations si rapides qu’elles ressemblent à une discontinuité. C’est une question d’échelle de temps, c’est-à-dire de quel « point de vue » on considère le temps. Si on regarde de plus près, on peut constater que ce qui semble discontinu,  est en réalité continu à petite échelle.

En outre de tels systèmes, s’ils sont non linéaires peuvent, à partir d’un état à peu près connu, engendrer plusieurs situations. Une situation apparemment nouvelle peut émerger d’une situation apparemment connue (régulière). C’est le phénomène de bifurcation.

De fait dans la réalité des sciences naturelles, les choses gardent une certaine incertitude. On ne peut pas tout mesurer partout et si on le faisait ce que l’on veut regarder serait gravement perturbé au point de changer de nature. L’à peu près connu est la règle.

L’homme, la société et la civilisation correspondent à des échelles de temps en terme de représentation qui ne sont que faiblement ajustables. Ce que l’homme, le groupe ou un ensemble plus grand conçoit en terme de temps reste fortement imprégné de l’échelle de l’intuition humaine du temps. Du coup nous nommons catastrophe, ce que nous ne pouvons pas anticiper. Prévoir une catastrophe, est donc un oxymore. Par contre, ce que nous refusons de voir ou ce qui est caché par ceux qui savent, ne devrait pas être considéré comme une catastrophe

de la sagesse

La mathématique universelle doit traiter d’une méthode exacte de détermination des choses qui tombent sous le pouvoir de l’imagination; elle est pour ainsi dire, une logique de l’imagination

Leibnitz

L’Homme, par nature, tombe sous le pouvoir de l’imagination des hommes. Ils s’imaginent eux-mêmes et l’espèce aussi. Si donc mathématique universelle, il y a, dans ce cas il faut qu’elle soit telle que le court-circuit puisse être évité. L’Homme en soi donc peut-il échapper à une mathématique devenue délirante? Une faculté supplémentaire nous est donc requise, garder en mémoire que c’est le fruit de notre imagination qui est l’objet de cette mathématique universelle, et non notre imagination elle même. Il ne s’agit pas d’éthique, mais de sagesse.

Art et Science – désir de traduction vs création d’objectivité

Avec le rapprochement très en vogue de la science et de l’art, j’ai toujours l’impression qu’il y aurait un objectif qui serait : un bénéfice commun. Un bénéfice explicitable et réalisé par la communication de quelque chose. Quoi? me direz vous. Quelque chose en tout cas de positif dans l’esprit des scientifiques, titillés par l’incomplétude démontrée et leur positivisme refoulé.

L’art, il me semble, tire dans les coins, prend un prétexte, celui du moment, pour faire ce qu’il est bien évidemment impossible de dire. Sinon on le dirait. C’est comme un cri émis par celui qui n’est pas si fou qu’il en a l’air. Un cri intraduisible dans aucune langue et dont l’intérêt (il y en a donc un) est qu’il suscite chez celui qui l’entend le désir d’une traduction. Un universel potentiel comme celui de Kant, pourrait être dit autrement (traduit?) avec cette notion de désir de traduction. Comme dans l’humour juif, c’est ce non-sens qui est à l’œuvre, et selon moi, il ne peut trouver d’écho dans les sciences. Pour celles-ci, c’est au contraire l’ensemble des traductions possibles, qui constitue le processus à l’œuvre, avec pour but la création de l’objectivité. Là il n’y a pas de double sens possible, pas d’humour possible.

La science cherche la vérité sensée. et c’est très bien. L’esprit de la science, son désir d’objectivité par la remise en question et la confrontation, c’est l’essence même de la démocratie et une partie de la culture qui la soutient. Le reste, l’art, l’humour…, c’est ce qui permet de nous accommoder de nous même. Cela dit, les scientifiques, autant que nous tous, ont besoin d’humour pour penser l’insensé qu’est le monde.

Alors point d’espoir de communication entre art et science? Mais pourquoi donc faudrait-il que cela communique? C’est ça la post modernité, communiquer pour communiquer, faire pour faire… Entre art et sciences, ce serait plutôt une histoire vaine et c’est heureux au fond que quelque chose de vain se passe. Il y a pourtant une histoire de contact et c’est là que le désir nait.

fascination vs connaissance vs épreuve

vu cette troublante vidéo MS New controller

la représentation visuelle comme ultime ressemblance de la vie; du moins si la vie peut se résumer à la perception d’un comportement.

Mais la question demeure : à quoi bon? à quoi bon reproduire quelque chose à l’identique ? Ne pourrait-on se satisfaire des objets et des personnes du monde réel ?

La représentation visuelle ne serait alors qu’une forme de fuite de l’épreuve physique.

Peu crédible pourtant, tant la représentation nous est nécessaire pour comprendre pour anticiper. Mais avec ces technologies là que pourrions nous comprendre et anticiper?

Nul doute que la dialectique fascination/connaissance liée aux modes de représentations visuelles est ici portée à son comble.

Comment alors résister à cette fascination ?