Art numérique ?

Image

Aux périodes pré-modernes, les techniques se développaient indépendamment de la pensée du global (religion, philosophie). Selon Gilbert Simondon [1], l’art jouait alors le rôle de lien entre religion et technique. Les époques modernes et a fortiori post-modernes lient au contraire de façon intime technique (de mesure) et idéologie (économique). Dans un monde agrégeant donc technologie et idéologie, le lien que faisait l’art entre la pensée du global et la pratique du quotidien a tendance à se diluer. Pour exister, l’art devrait retrouver son indépendance vis à vis de cet agglomérat qu’est la technidéologie, où l’information se perd au profit du média qui la porte (the medium is the message). L’art se doit de continuer à tisser des liens renouvelés entre d’une part concrétude technique (notre quotidien numérique), et d’autre part, philosophie et poésie, c’est-à-dire une certaine idée de ce qui nous lie.

[1] Du mode d’existence des objets techniques, Chapitre 2 : Rapports entre la pensée technique et les autres espèces de pensée, p179,  Gilbert Simondon, Aubier | Philosophie

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Histoire de savoir

Selon Stiegler, un savoir privé de l’Histoire des savoirs, privé donc de son origine, n’est guère qu’une compétence. Cette tendance actuelle vers « la compétence » nous rend non seulement esclaves de nos propres pseudo-savoirs, mais surtout de ceux à qui tirent profit de ceux-ci. La prolétarisation qui résulte de ce phénomène peut être inversée par le partage des connaissances, par les logiciels « libres »*, et, c’est moi qui l’ajoute par les bricolages techniques (philosophie hack).

* de fait ouverts avant d’être libres.

La conscience, ça se produit chaque fois qu’est donné […] une surface telle qu’elle puisse produire ce qu’on appelle une image. C’est une définition matérialiste

J.Lacan, Séminaire II « Le moi dans la théorie de Freud » Seuil 1954-55 p.65

The message is the message

Pour lire ce code utiliser l’url de l’image ci-dessus* avec un décodeur comme http://zxing.org/w/decode.jspx
* https://glaner.files.wordpress.com/2011/07/tantque_s.png

En 1964, le philosophe canadien Marshall McLuhan* écrivait « … en réalité et en pratique, le vrai message, c’est le médium lui-même, c’est-à-dire, tout simplement, que les effets d’un médium sur l’individu ou sur la société dépendent du changement d’échelle que produit chaque nouvelle technologie, chaque prolongement de nous-mêmes, dans notre vie. » . Le contenu profond des messages oppose cependant une forme de résistance au message inhérent au médium. Même dans les sociétés totalitaires, où les formes et les contenus des messages sont totalement sous contrôle, les paroles échangées restent dissonantes, et il est même impossible qu’elles soient véritablement conformes à l’idéologie technique.

Aujourd’hui, la captation des informations par les outils logiciels, la quantification et le codage de ces informations constituent les outils d’une optimisation généralisée au service des pouvoirs qui l’organisent. The message is the message est un projet de contamination de l’espace codé par des messages réels. Pour participer vous pouvez imprimer des codes QR (http://www.fredperie.com/qr) et les coller où bon vous semble. Vous pouvez également coder vos propres message http://www.patrick-wied.at/static/qrgen/ et faire passer votre façon de voir par un medium qui n’est pas prévu pour que vous en fassiez cet usage.

* Marshall McLuhan, Understanding Media, 1964 http://www.philo5.com/Les%20philosophes%20Textes/McLuhan_LeMediumEstLeMessage.htm

Pouvoir c’est devoir

Si on peut quelque chose,  il nous faut également penser avons-nous le droit?, voire avons-nous le devoir de faire ?. Il y a donc de la morale à l’oeuvre.

Pensant à cette question j’ai cherché « pouvoir c’est devoir » sur Internet, et suis tombé sur cet article, très intéressant et intitulé une morale de la vie et qui parle de Jean-Marie Guyau, un philosophe méconnu de la fin du XIXème, qu’il est très tentant de lire.

Guyau, Jean-Marie. Esquisse d’une morale sans obligation, ni sanction. 1921. téléchargeable sur Gallica

Hétérotopies

Il y a également, et ceci probablement dans toute culture, dans toute civilisation, des lieux réels, des lieux effectifs, des lieux qui ont dessinés dans l’institution même de la société, et qui sont des sortes de contre-emplacements, sortes d’utopies effectivement réalisées dans lesquelles les emplacements réels, tous les autres emplacements réels que l’on peut trouver à l’intérieur de la culture sont à la fois représentés, contestés et inversés, des sortes de lieux qui sont hors de tous les lieux, bien que pourtant ils soient effectivement localisables. Ces lieux, parce qu’ils sont absolument autres que tous les emplacements qu’ils reflètent et dont ils parlent, je les appellerai, par opposition aux utopies, les hétérotopies ; et je crois qu’entre les utopies et ces emplacements absolument autres, ces hétérotopies, il y aurait sans doute une sorte d’expérience mixte, mitoyenne, qui serait le miroir. Le miroir, après tout, c’est une utopie, puisque c’est un lieu sans lieu. Dans le miroir, je me vois là où je ne suis pas, dans un espace irréel qui s’ouvre virtuellement derrière la surface, je suis là-bas, là où je ne suis pas, une sorte d’ombre qui me donne à moi-même ma propre visibilité, qui me permet de me regarder là où je suis absent – utopie du miroir. Mais c’est également une hétérotopie, dans la mesure où le miroir existe réellement, et où il a, sur la place que j’occupe, une sorte d’effet en retour ; c’est à partir du miroir que je me découvre absent à la place où je suis puisque je me vois là-bas. À partir de ce regard qui en quelque sorte se porte sur moi, du fond de cet espace virtuel qui est de l’autre côté de la glace, je reviens vers moi et je recommence à porter mes yeux vers moi-même et à me reconstituer là où je suis; le miroir fonctionne comme une hétérotopie en ce sens qu’il rend cette place que j’occupe au moment où je me regarde dans la glace, à la fois absolument réelle, en liaison avec tout l’espace qui l’entoure, et absolument irréelle, puisqu’elle est obligée, pour être perçue, de passer par ce point virtuel qui est là-bas.

Michel Foucault in Des espaces autres


est-ce ici?,
installation vidéo, Fred Périé 2007


La liberté des uns commence là où commence celle des autres.

La vieille maxime rabâchée dans les écoles primaires qui fait s’arrêter notre liberté là où commencerait celle des autres, semble bien stupide car elle exclut toute vision partagée du sentiment de liberté. En l’inversant, on ouvre des possibles et fait reposer notre liberté sur les relations, accords et désaccords qui font l’essentiel de la démocratie, de son apprentissage et de son exercice. Pourrait-on être véritablement libre seul?