La conscience, ça se produit chaque fois qu’est donné […] une surface telle qu’elle puisse produire ce qu’on appelle une image. C’est une définition matérialiste

J.Lacan, Séminaire II « Le moi dans la théorie de Freud » Seuil 1954-55 p.65

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Hétérotopies

Il y a également, et ceci probablement dans toute culture, dans toute civilisation, des lieux réels, des lieux effectifs, des lieux qui ont dessinés dans l’institution même de la société, et qui sont des sortes de contre-emplacements, sortes d’utopies effectivement réalisées dans lesquelles les emplacements réels, tous les autres emplacements réels que l’on peut trouver à l’intérieur de la culture sont à la fois représentés, contestés et inversés, des sortes de lieux qui sont hors de tous les lieux, bien que pourtant ils soient effectivement localisables. Ces lieux, parce qu’ils sont absolument autres que tous les emplacements qu’ils reflètent et dont ils parlent, je les appellerai, par opposition aux utopies, les hétérotopies ; et je crois qu’entre les utopies et ces emplacements absolument autres, ces hétérotopies, il y aurait sans doute une sorte d’expérience mixte, mitoyenne, qui serait le miroir. Le miroir, après tout, c’est une utopie, puisque c’est un lieu sans lieu. Dans le miroir, je me vois là où je ne suis pas, dans un espace irréel qui s’ouvre virtuellement derrière la surface, je suis là-bas, là où je ne suis pas, une sorte d’ombre qui me donne à moi-même ma propre visibilité, qui me permet de me regarder là où je suis absent – utopie du miroir. Mais c’est également une hétérotopie, dans la mesure où le miroir existe réellement, et où il a, sur la place que j’occupe, une sorte d’effet en retour ; c’est à partir du miroir que je me découvre absent à la place où je suis puisque je me vois là-bas. À partir de ce regard qui en quelque sorte se porte sur moi, du fond de cet espace virtuel qui est de l’autre côté de la glace, je reviens vers moi et je recommence à porter mes yeux vers moi-même et à me reconstituer là où je suis; le miroir fonctionne comme une hétérotopie en ce sens qu’il rend cette place que j’occupe au moment où je me regarde dans la glace, à la fois absolument réelle, en liaison avec tout l’espace qui l’entoure, et absolument irréelle, puisqu’elle est obligée, pour être perçue, de passer par ce point virtuel qui est là-bas.

Michel Foucault in Des espaces autres


est-ce ici?,
installation vidéo, Fred Périé 2007


de la sagesse

La mathématique universelle doit traiter d’une méthode exacte de détermination des choses qui tombent sous le pouvoir de l’imagination; elle est pour ainsi dire, une logique de l’imagination

Leibnitz

L’Homme, par nature, tombe sous le pouvoir de l’imagination des hommes. Ils s’imaginent eux-mêmes et l’espèce aussi. Si donc mathématique universelle, il y a, dans ce cas il faut qu’elle soit telle que le court-circuit puisse être évité. L’Homme en soi donc peut-il échapper à une mathématique devenue délirante? Une faculté supplémentaire nous est donc requise, garder en mémoire que c’est le fruit de notre imagination qui est l’objet de cette mathématique universelle, et non notre imagination elle même. Il ne s’agit pas d’éthique, mais de sagesse.

fascination vs connaissance vs épreuve

vu cette troublante vidéo MS New controller

la représentation visuelle comme ultime ressemblance de la vie; du moins si la vie peut se résumer à la perception d’un comportement.

Mais la question demeure : à quoi bon? à quoi bon reproduire quelque chose à l’identique ? Ne pourrait-on se satisfaire des objets et des personnes du monde réel ?

La représentation visuelle ne serait alors qu’une forme de fuite de l’épreuve physique.

Peu crédible pourtant, tant la représentation nous est nécessaire pour comprendre pour anticiper. Mais avec ces technologies là que pourrions nous comprendre et anticiper?

Nul doute que la dialectique fascination/connaissance liée aux modes de représentations visuelles est ici portée à son comble.

Comment alors résister à cette fascination ?