Interactivité

Il y a la question de l’interactivité, à la fois simplement au sens numérique du terme et aussi comme un processus idéalement symétrique entre l’homme et la machine Dans ce contexte, un rapport à la machine qui donnerait l’illusion d’une existence autonome de celle-ci, comme si elle portait une pensée échappant à son créateur, pourrait s’avérer en contradiction avec ce que nous désirons mettre en jeu. Comment ce qui semble si implicite à l’être humain, l’autre comme un autre soi, pourrait-il être figuré par une machine ? Comment en effet concevoir une telle machine ? Elle pourrait peut-être avoir une certaine forme de conscience, se connaître elle-même, mais comment pourrait-elle être amenée à s’imaginer, car s’imaginer comme nous le faisons repose sur le fait que nous nous méconnaissons presque totalement ? Du coup, il paraît d’autant plus absurde qu’elle s’imagine comme semblable à nous. Cette conviction reste toutefois difficile à justifier. Si l’on fait entièrement reposer la spécificité humaine sur la complexité de l’expérience engrammée dans notre corps (cerveau compris), quelle différence aurions nous avec une machine capable de faire la même chose.

Au-delà de cette utopie au fond assez comique du robot humanoïde, considérant ce qu’est en pratique l’interactivité numérique, ce que l’on constate comme socialement mis en avant, c’est un individu tout-puissant qui accède à des objets réels ou virtuels à distance, les manipule par l’intermédiaire de systèmes qui, pour faire simple, recueillent des données, calculent et transmettent de l’information. Si les calculs utilisent des processus algorithmiques non totalement prédéfinis (intelligence artificielle), ils peuvent être certes très complexes, mais au final, l’individu clique et toute une série d’événements invisibles est enclenchée, impliquant éventuellement d’autres humains également rendus invisibles. Ainsi l’interactivité numérique est-elle véritablement une aliénation, au sens marxiste où, nous croyant puissants, nous sommes en fait asservis. De ce point de vue, un projet comme le notre qui aborde implicitement la notion d’empathie, s’il le faisait par le biais de l’interactivité, pourrait être regardé comme particulièrement pervers.

vlcsnap-2018-02-22-22h23m38s504Avec notre projet,L’autre de l’autre, ce n’est pas le public qui agit sur les choses et sur l’image, mais c’est l’image du public qui est manipulée par la machine. Ce n’est donc pas une installation à proprement parler interactive, elle peut même d’ailleurs être vue comme un authentique film, avec son déroulement imposé, son début et sa fin. Le fait que l’image du spectateur soit présente dans l’opération, mais transformée (comme l’est d’ailleurs toute image au cinéma), jette néanmoins le doute sur la nature même du médium. La logique de l’usager tout-puissant est inversée, notre propre image est traitée comme une illusion, mais cette illusion, sue comme telle, nous est néanmoins nécessaire pour commencer à nous penser.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s